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mercredi 10 juillet 2013

Encore une


Puisque nous étions déjà de l'autre coté de Rouen, je décidai de pousser jusqu'aux Authieux-sur-le-Port-St-Ouen, où je savais qu'on pouvait visiter encore une église.

Ce n'était pas bien loin.

Pour que la commune ait  dans son nom authieu, à savoir autel en patois normand,  on peut supposer que l'Eglise y eut son importance.

En fouillant un peu, j'appris que l'Abbaye St Ouen (encore à visiter) y possédait des terres. Les limites de la commune descendent des hauts de la falaise jusqu'aux rives de la Seine. L'Abbaye y avait un port, à Port St Ouen exactement, afin de transporter, par voie navigable, les grains de blé et de seigle jusqu'à Rouen. Au début du XVII siècle,  quatre aller retours quotidiens furent assurés.

L'origine du nom est néanmoins plus ancienne encore,  car le village se forma autour d'un autel où on célébrait le christianisme dès le IV ou le V siècle. 

L'église St Saturnin, quant à elle, date de deux époques différentes, à savoir le XIII siècle pour le chœur et le  XVI siècle pour le nef.  On y trouve, bien entendu, un autel et aussi plusieurs vitraux, dont certains sont classés.

Pour une fois, je vous montre aussi quelques visiteurs, dont les responsables des photos d'illustration de mes propos.










mardi 26 mars 2013

Ouville l'Abbaye

Voisine de Criquetot sur Ouville, commune à laquelle elle a donné une partie de son nom, tout en la gardant aussi pour elle-même, celle d'Ouville l'Abbaye s'enorgueille d'un couvent fondé au XII° siècle, et qu'on nomme fièrement abbaye depuis l'époque de la guerre des cent ans.

Il faut admettre qu'Ouville l'Abbaye sonne bien mieux qu'Ouville le Couvent ou Ouville le Prieuré.

Le couvent n'a pourtant plus rien d'un abbaye, ni d'un couvent d'ailleurs, car après être passé entre les mains des protestants en 1562, il est tombé en ruines. Denis Berthod en fit un foyer de la doctrine janséniste à la fin du XVII° siècle. A la révolution, les bâtiments furent vendus aux enchères à des industriels et des agriculteurs.

Je suppose qu'il est aujourd'hui habité, car j'ai vu des boîtes à lettres à la gauche de l'entrée.

L'abbaye du domaine d'Odulfus n'aurait donc plus rien d'un édifice consacré à la religion, et bien que j'aie trouvé un Labbé et un Toussaint dans l'annuaire téléphonique, j'y ai aussi vu un Payen, ce qui démontrerait qu'Ouville l'Abbaye n'est plus particulièrement tourné vers la contemplation et les prières.

Je peux me tromper, bien sûr.

jeudi 21 mars 2013

Criquetot sur Ouville

On pourrait penser que la partie crique du nom Criquetot désigne une crique, surtout si la commune se trouvait en bord de mer.

Comme ce n'est pas le cas, il s'agit plus probablement d'une déformation du vieux scandinave kirkja (kyrka en suédois) qui veut dire église, ajouté au tot, qui est toujours là pour parler d'un domaine rural.

Criquetot est donc la ferme de l'église. Il y en a d'ailleurs encore aujourd'hui une à proximité immédiate de celle-ci.

L'église, dédiée à St Martin, fut construite au XVIII siècle en remplacement d'une autre plus ancienne.

Avant de porter son nom actuel, la commune s'appelait d'ailleurs St Martin de Criquetot.

Tout près de l'église on peut accéder à une réplique de la grotte de Lourdes, construite en 1894 à l'initiative de l'Abbé Lamotte, curé de la paroisse. C'est un maçon, Ferdinand Delarue, qui se chargea des travaux.

Le nom de St Martin sur Criquetot fut ensuite changé en Criquetot sur Ouville, car la commune fut longtemps attachée à sa voisine, Ouville l'Abbaye.

Ouville viendrait du patronyme germanique Odulfus, auquel on aurait ajouté villa, pour désigner un domaine rural. 

Criquetot sur Ouville est donc la ferme du château près de la ferme d'Odulfus. On peut dire qu'on s'y retrouve entre fermiers.

mercredi 6 mars 2013

Bennetot

Ce n'est pas parce qu'on voit régulièrement des bennes agricoles sur les route de Bennetot que le village s'appelle ainsi.

Sur une confirmation de donation faite par Robert le Magnifique en 1032-1035, on peut lire Bernetot.

Dans des archives communales on voit cette même orthographe sur des documents datant jusqu'en octobre 1692, plus précisément sur des actes de baptême.

Ce n'est qu'ensuite que le r s'est transformé en n, peut-être même en passant par y (Beynetot). Le nom actuel est donc relativement récent.

La première partie viendrait du nom d'homme, soit francique Berno, soit scandinave Biarni ou Berni. (Vous avez encore aujourd'hui des prénoms suédois  ressemblants, tels que Bjarne et Björn, le dernier voulant dire ours.)

La deuxième partie, tot ou domaine rural,  est parfaite pour des bennes agricoles.

L'église St André, qui peut recevoir jusqu'à deux cents fidèles sur ses bancs en pitchpin du XIX°,  fut entièrement réédifiée vers 1656, grâce à François Aubert de Bennetot, père de René Aubert de Vertot, né au manoir de Vertot, juste à coté de l'église, le 25 novembre 1655. 

Ce dernier fût abbé et historien avant de mourir à Paris en 1735.

Le manoir, en cours de restauration, est aujourd'hui propriété de la famille Barbier de Préville.


L'âne habite Bennetot. Fréquente-t-il l'église ou le manoir, je n'en ai aucune idée.

mardi 26 février 2013

Bec de Mortagne

En Normandie on trouve plusieurs communes avec les trois lettres bec (ou les quatre lettres becq) dans leur nom. 

Le bec se trouve souvent à la fin, comme dans Bolbec, Briquebec, Caudebec, Foulbec, Houlbec, Mobecq ou le Québec.

On le trouve plus rarement au début, mais il y a au moins le Bec-Hellouin, Le Becq, Le Becquet, Becquigny et Bec-de-Mortagne.

Toutes ces communes (ou lieux-dits) ont en commun de se trouver près d'un cours d'eau.

La partie bec(q) vient en effet du vieux norrois pour cours d'eau. Un ruisseau se dit aujourd'hui bäck (prononcer bec) en suédois.

Le cours d'eau de Bec-de-Mortagne s'appelle la Ganzeville et vient se jeter dans la Valmont. Ensemble ils forment ce qu'on appelait autrefois la Fécamp.

La partie de Mortagne viendrait du nom d'une famille seigneuriale, et plus précisément de Rotbertus de Moritania filius Willelmi de Becco.

Bec-de-Mortagne abritait autrefois une léproserie, car il en fallait beaucoup pour tous ceux qui revenaient des croisades, porteurs de cette vilaine maladie.

Aujourd'hui on y trouve entre autres une église, une cressonnière, quelques maisons anciennes, d'autres plus récentes, et même quelque chose de très rare dans nos petites communes, à savoir une épicerie!



vendredi 22 février 2013

Anglesqueville l'Esneval



Selon l'inventaire foncier du diocèse de Rouen datant de 1236-1244, Anglesqueville l'Esneval s'appelait autrefois Anglicavilla.

Comme pour tous les endroits dont le nom est ou commence par Anglesqueville (cinq en Seine-Maritime) ou Englesqueville (quatre dans le Calvados, un en Seine-Maritime), on peut supposer que des colons anglais sont à l'origine du nom.

(Des colons anglais, on en avait encore il y a quelques années, avec le taux de change qui leur était très favorable. Je crois qu'ils nous envahissent un peu moins aujourd'hui... on n'aura donc pas d'autres Ænglesqueville, à moins que...)

La partie ville est très répandue dans les deux Normandie, Haute et Basse. Elle vient au départ du latin villa, signifiant maison de campagne, avant de prendre le sens domaine rural à l'époque gallo-romaine. Les Francs l'ont également utilisée, et les Vikings l'ont multipliée en l'ajoutant à un patronyme norrois.

Et Esneval dans tout cela? Il s'agit du nom des seigneurs de Pavilly et vidâmes de Normandie, ajouté à Anglesqueville, comme à d'autres noms de lieux dans les environs. 

Quant au nom de la famille d'Esneval,  pourquoi ne viendrait-il pas  du Val de l'Esne, l'Esne étant l'ancien nom de l'Austreberthe, affluant de la Seine qui arrose Pavilly, et qui passe tout près du Château d'Esneval.

jeudi 21 février 2013

Routes

Routes, quel drôle de nom pour une commune dont les habitants ne sont ni des routiers, ni des routards, mais des routais et des routaises!

Toutes les routes mènent-elles à Routes? Je n'en sais rien, mais la dernière fois que j'ai vu un panneau indiquant la direction de cette commune, j'ai dévié de ma route, pourtant tracée à l'avance, et j'ai fait une halte à Routes.

J'y ai même pris une route qui était plutôt un chemin. Et encore, j'ai rebroussé chemin sur ce chemin, tellement je craignais de m'y enliser.

Le nom de Routes viendrait de l'anglo-saxon rod  qui signifie clairière. Les routes qui traversent une forêt forment aussi en quelque sorte des clairières. Même si on dit road an anglais.

J'ai apprécié quelques noms de routes de Routes. On y trouve, pas loin de l'église, l'Allée des Soupirs; ailleurs dans le bourg on peut voir les Rues de la Vie, de la Gaieté, de l'Espoir et du Sourire. Les trois dernières sont comme autant de clairières dans la première.

lundi 18 février 2013

Quai Vauban

J'ai beaucoup cherché pour savoir pourquoi on avait donné au Quai Vauban  le nom du roi des fortifications. Pourtant, déjà le fait qu'on trouve ce nom dans beaucoup de ports aurait du me mettre sur la bonne voie.

En l'an de grâce 1678, Colbert, sur ordre du roi, envoya le jeune maréchal Vauban visiter la côte de Dunkerque à Toulon, afin de la rendre imprenable par l'ennemi, surtout par les Anglais, l'ennemi de toujours. Colbert devait connaître l'expression "Ville assiégée par Vauban, ville prise, ville défendue par Vauban, ville imprenable", et penser que cela s'appliquait aussi aux ports.A moins, bien sûr, que son initiative en fût à l'origine...

C'est ainsi que, après le bombardement de Dieppe par les Anglais en 1694, Vauban s'attela à la protection de Fécamp en 1710. Sur ses indication on fixa la passe  au nord et on y établit une courte jetée. Le maréchal insista aussi pour qu'on rétablisse les batteries du port. Il fit également faire les retranchements, car dit-il "si le port était pris par l'ennemi, ce n'est pas l'enceinte qui empêcherait la ville d'être pillée et brûlée".

Voilà pour Vauban à Fécamp.

Quant au quai, je trouve qu'il mérite bien son nom de Vauban l'imprenable, puisqu'il a bien résisté à mes assauts et que je ne sais toujours pas grand-chose de plus. 

***

La construction du quai Vauban date sans doute du 20° siècle, car avant il y avait, à sa place, une longue descente, un large slipway en quelque sorte,  vers l'eau de l'avant port, l'actuel port de plaisance. 

J'ai aussi appris que le port fut en grande partie détruit lors de la déroute de l'occupant en 1944, que ce soit par l'occupant lui-même, ou par les bombardements des alliés. Il est donc possible, et même probable, que le quai Vauban fut construit  dans les années 1950, sur une partie de l'ancien perrey, coté avant-port.

mardi 12 février 2013

Vautuit

En Normandie il  existe plusieurs lieux avec thuit ou tuit dans leur nom. Spontanément je penserais à Thuit Hébert et au Thuit Signol dans l'Eure, et jamais le nom de Vautuit ne me serait venu à l'esprit, si l'autre jour je n'avais pas voulu voir où menait un chemin plutôt impraticable en voiture, surtout que les fortes pluies  en avaient fait une piste plus boueuse qu'autre chose.


Pourtant j'avais vu Vautuit dans la presse régionale il y a quelque temps, au moment où une partie du clocher de son église s'était effondrée, formant un tas de pierres juste devant la porte. Le tas y était toujours quand je suis passée devant.

Thuit, ou tuit, viendrait du vieux norrois thveit (tvæd en danois), qui veut dire essart, et qui désigne le défrichement d'un terrain. Le secteur étant encore aujourd'hui assez boisé, cela me parait tout à fait plausible.

Et Vau, vient-il de val (vaux), ou vient-il de vatn, mot qui en norrois veut dire eau? J'ai d'ailleurs déjà entendu la prononciation vatn  pour le mot vatten suédois dans un certain patois  parlé dans le sud de la Finlande; une petite vieille avec qui je m'entendais bien quand j'étais encore adolescente, s'amusait parfois à  parler ainsi à la citadine que j'étais, croyant - au départ - que je ne la comprendrais pas.

Les spécialistes pencheraient plutôt pour vatn,  car en 1227 on écrivit Wathuyt, et on trouve aussi plusieurs autres lieux commençant par Vat(te) par ici. L'eau en question n'était pas forcément la mer, cela pouvait être un lac, un ruisseau, ou pourquoi pas une mare, comme nous l'indique la présence de la rue de la Mare au Loup, qui longe le hameau de Vautuit.

Je n'ai pas vu la mare, ni le loup d'ailleurs, mais je pense que de nombreuses mares ont été  remblayées, les gens modernes les croyant inutiles. Et pourtant... aujourd'hui on en refait des artificielles à grands frais. Parfois elles sont d'ailleurs tellement mal faites, qu'il n'y a pas d'eau dedans.

jeudi 7 février 2013

St Pierre Lavis

Devant l'église de St Pierre Lavis qui est des XII, XVII et XVIII siècles,  trône une croix en pierre blanche du XVII siècle. L'intérieur de l'église est, parait-il, rénové. Je n'ai pas pu le vérifier.

Vers 1240 on ecrivit Sancti Petri Alaviz, au XV° siècle les registres ecclésiastiques avaient transformé Alaviz en l'Advis, et en 1738 en la Visse.

Si pour certains St Pierre vient du nom de l'apôtre Petrus, un St Pierre est aussi un poisson.

La partie Lavis me fait toujours sortir un tournevis, plat ou plutôt cruciforme, surtout si je vois l'église, mais le mot pourrait venir de l'ancien français l'éavi, endroit humide, ce qui collerait bien avec mon St Pierre de poisson.

A St Pierre Lavis on est comme un poisson dans l'eau.





A gauche un lavis informatique (si j'ose dire) de St Pierre.

mardi 5 février 2013

Foucart

DD à son tour m'a demandé une explication sur le nom de Foucart, petit bourg du Pays de Caux, situé  le long d'une ancienne voie romaine qui liait Lillebonne (anciennement Juliobona) à Grainville la Teinturière.

Foucart étant aussi un patronyme, j'ai commencé par rechercher son origine. Le nom serait germanique, et viendrait de ce qu'on écrirait aujourd'hui Volk (comme dans Volkswagen, voiture du peuple, une entreprise qui marche bien, ce qui est rare chez les automobilistes européens) et hart (pour dur). Un homme dur, en somme, ou peut-être un homme fort.

Mais cette explication ne m'a pas convaincue entièrement. J'ai ensuite appris que Foucart s'appelait Foucart Escalles jusqu'à la révolution française.

Escalles vient du norrois skalli, ou du vieil anglais scale, et représente une habitation temporaire, celle où on fait escale pour ne pas y rester définitivement. Le mot escale en vient aussi.

Foucart Escalles est donc l'habitation temporaire d'un personnage germanique, dont le nom pourrait être Volkhart, Foucard, Foulchard oy Fulcardus.

Qui était donc ce Fulcardus, celui qui fit escale à Foucart? J'ai trouvé un Geoffroy Fulcardus qui participa à la première croisade vers Jérusalem, mais il fut de retour en Anjou en 1096.  Géographiquement cela ne colle pas.

J'ai aussi trouvé Fulcardus, XXXI° abbé de l'Abbaye de Lobbes, mort en 1107 - mais cette abbaye se trouvait bien loin de notre petit bourg, car située sur les bords de la Sambre.

Comme Fulcardus de Rupe forti ne m'inspire pas plus que les deux précédents, je considère que notre Fulcardus à nous n'est qu'un anonyme parmi les autres - au moins jusqu'à nouvelle découverte.

J'espère que DD s'en contentera.

lundi 4 février 2013

Les Cointelleries

Claude m'ayant demandé de trouver la ou les origines d'un lieu-dit en Sarthe, je me suis attelée à la tâche, comme d'habitude quand on me demande quelque chose qui peut ressembler à un défi.

Rien sur Google! C'est à peine que j'ai pu  situer ce lieu sur la carte!

Alors que puis-je bien trouver sur le nom des Cointelleries? Et où?

J'ai commencé par couper le nom en deux, obtenant ainsi coin et telleries. 

Un coin est un angle, un point d'intersection. Dès le XII siècle on utilise ce mot aussi pour une pièce triangulaire de fer ou de bois, servant à fendre le bois. DD s'en sert d'ailleurs encore aujourd'hui pour casser son bois à brûler, bien que la plupart des gens utilisent des machines pour cela, à moins d'acheter leur bois coupé, fendu, cassé. Le coin est aussi connu comme nom du poinçon qu'on met sur la vaisselle d'étain ou d'argent. De quel  coin peut-il bien s'agir dans Cointelleries? Du lieu, ou de l'un ou l'autre des outils?

Et telleries, un mot inexistant aujourd'hui. A-t-il existé? Pourrait-il venir de tellier?  Une tellerie, un lieu où les telliers se réunissaient (mot formé de la même façon que poissonnerie, briqueterie et infirmerie)? Ah, vous ne savez pas ce qu'est un tellier?

Un tellier, comme dans le nom de famille Letellier (qu'on voit surtout en Normandie) est un tisserand, quelqu'un qui fabrique ou qui vend de la toile. (Je parle du tissus, pas du Net.) 

Un tellier (un telier, ou un t'lier - mot plutôt normand) n'est peut-être pas n'importe quel tisserand, mais un toilier, à savoir celui qui tisse exclusivement le lin.

Je peux en conclure que la partie telleries confirme la présence de fabricants et/ou de marchands de tissus, peut-être venus de Normandie d'ailleurs, et spécialisés dans le lin. 

Ceci peut être corroboré par l'histoire de la ville de Château-du-Loir, qui se trouve à seulement une lieue de là, et qui était connue pour sa fabrication de toiles, pour ses filatures et ses tanneries, ainsi que pour le chanvre exporté jusqu'en Amérique Latine du XVII au XVIII siècle. 

Mais pourquoi ajouter coin à telleries, s'il s'agit déjà d'un endroit? Peut-être parce qu'il y avait tellement de tisserands partout dans le secteur, que les Cointelleries n'en était qu'un coin!

Coin pourrait aussi dériver de contrée, mais dans ce cas le résultat de mes cogitations est pratiquement le même.

Je pense donc que Les Cointelleries était un des endroits où des tisserands, peut-être ceux qui travaillaient le lin, réunissaient  leurs métiers. 

Alors Claude, cela te parait-il plausible? (SI tu veux que je change ma photo d'un ciel du vendredi contre une photo du Coin-des-Tisserands, tu m'en fais parvenir une, s'il te plaît!)

***

Le commentaire de Missive m'incite à donner une autre explication, beaucoup plus simple celle-là, et surtout moins rigolote, surtout en ce qui me concerne.

Les suffixes ière, erie, ais ou ie, sont souvent ajoutés à un patronyme, indiquant ainsi le domaine d'une famille; les Cointelleries pourraient donc être les terres de la famille  Cointel. Le nom Cointel viendrait de l'occitan coinde, beau. Il est rare.

***

Il faut que j'ajoute aussi l'explication à Pyla. Vous savez, la dune. On prend mon nom de jeune fille, et comme il est en finnois (gelinotte) on ajoute lä, transormé en la (au lieu de erie) au patronyme. On obtient ainsi Pyyla.

En français on n'utilise pas le doublement des voyelles, Pyyla devient donc Pyla, ce qui prouve que la dune est mon bac à sable.

jeudi 31 janvier 2013

Sausseuzemare en Caux

Ne croyez pas que toutes nos communes ont des noms qui se terminent par -tot ou par -ville, et qui évoquent une petite ferme ou un demeure rural. Elles sont nombreuses, c'est vrai, sans doute plus nombreuses qu'ailleurs en France, mais il n'y a pas que cela. 

La partie -mare de Sausseuzemare est facile à comprendre.  On peut tout de suite penser à une mare, une nappe d'eau stagnante. Je crois néanmoins que nous avons de moins en moins de mares naturelles en Normandie. On les remplace par des bacs de rétention d'eau, entourés par des grillages afin que les gens n'aillent pas se noyer dedans.

Mais Sausseuze alors?  En cherchant des noms avec une ressemblance, on peut trouver entre autres Le Saussay en Seine-Maritime, Saussay la Campagne dans l'Eure.  L'origine est sans doute la même, sausse.

Pour qui connait son latin, ou tout au moins quelques noms d'arbres, salix, devenu saus d'abord, sausse ensuite, veut dire saule. La saulzaie (saussay, saussaie) est un ensemble de saules, et Sausseuzemare est par conséquent une mare à saules.  Aujourd'hui on dirait Saulebac-à-retention-d'eau, ce qui prouve que les langues évoluent avec leur environnement.

mercredi 30 janvier 2013

Turretot

Tout comme Louvetot, le nom de Turretot est composé de deux parties; la seconde, tot, ou ferme normande, et la première qui serait le nom de la personne auquel on aurait octroyé les terres de la ferme en question.

Une ancienne appellation, Toretot, a été noté dès 1222.

Le fermier  aurait ainsi pu être  Torir, ou éventuellement Thurold, mais il est plus probable encore qu'on ait cette fois-ci ajouté le tot au nom d'un dieu.

Ce dieu, c'est  Thor lui-même, le dieu des hommes du nord, celui qui fait la tonnerre en faisant avancer son char dans les nuages, et en même temps les éclairs en frappant avec son marteau. Le dieu de l'orage, et aussi celui de la forge. Il y a d'ailleurs un Hameau de la Forge à Turretot.

Le blason de Turretot, divisé en diagonale, comporte en haut le marteau de Thor sur fond rouge, en bas trois fleurs bleues de lin sur fond or, le tout séparé d'un entrelacs de nœuds couleur argent. 

Le rouge et l'or sont les couleurs de la Normandie, le lin y pousse encore aujourd'hui. Il n'y a que la dernière récolte qui est toujours couchée dans beaucoup de champs, les agriculteurs n'ayant pas pu la récupérer pour cause de trop d'eau. Thor s'est encore beaucoup amusé avec son char et son marteau!

L'église Sainte Anne de Turretot date du XIII siècle. Thor n'y est pas vénéré, mais il n'avait vraiment pas à faire tomber tellement de pluie l'été dernier - et encore ces jours-ci.

mardi 29 janvier 2013

Le Havre

Quand on se rend au Havre aujourd'hui, et qu'on voit les transformations qui ont encore aujourd'hui lieu dans la ville, on peut avoir l'impression d'être dans une ville relativement récente. Il est vrai que la ville fut en grande partie détruite pendant la guerre, et pourtant, des traces d'une histoire beaucoup plus ancienne y subsistent.

Le Havre de Grâce fut fondé sous le règne de François I, en l'an 1517, à l'estuaire de la Seine. C'est sans doute cet emplacement qui lui donna son nom, car il parait que le mot havre vient d'un vieux mot celtique ou gaulois, aber, qui signifierait embouchure d'un fleuve dans la mer. Havre est ensuite devenu un mot de vieux français pour port de mer.

Il y a aussi ceux qui prétendent que le mot havre vient des langues septentrionales, et apportent comme argument le Hafen allemand, et le havn danois, auxquels je pourrais pour ma part ajouter le hamn suédois.

François I aurait bien voulu que Le Havre s'appelle François(e)ville, mais les habitants ne s'y habituèrent jamais. On y trouve malgré tout le quartier Saint François, un des plus anciens de la ville avec celui de Notre-Dame, chacun de son coté du Bassin du Roi. Un bon compromis, qui n'a pourtant rien à voir avec le nom du roi, car à son époque, le quartier s'appelait Bares, ou Barres.

Le quartier tient son nom d'une église dédiée à Saint François de Paule d'abord, Saint François d'Assises ensuite.

La région du Havre était bien sûr habité bien avant 1517, mais c'est pour arrêter les hordes d'ennemis anglais que François I décida de transférer la ville deux lieues plus bas vers l'embouchure,  de la fortifier et d'en faire un port important. 

Un gentilhomme italien, Girolamo Bellarmato, fut chargé de l'urbanisme.

Plus tard, beaucoup plus tard même, les havrais comprirent l'avantage qu'ils pouvaient tirer de la visite de leur ennemi héréditaire, les anglois, et fondèrent même des magasins de spiritueux spécialement conçus pour les visiteurs venus d'outre Manche. C'était au siècle dernier.



jeudi 24 janvier 2013

Allouville-Bellefosse

Allouville-Bellefosse est le résultat de la fusion de deux communes, Allouville et Bellefosse, en 1823.

Le nom d'Allouville viendrait du patronyme Adelulf, auquel on aurait ajouté le mot ville, qui signifierait domaine rural. C'est donc à la campagne d'Allouville qu'aurait habité Adelold ou Adawald dans un passé éloigné, à savoir au Moyen Âge, peut-être même sous le règne de Rolf ou Rollon, duc de Normandie à partir de 912 ou 913.

Bellefosse, Bellam Fossam, Bella Fossa, a sans doute besoin d'une traduction pour ceux qui ne comprennent pas les subtilités du cauchois. En français, un fossé est une cavité creusée dans le sol. En cauchois, c'est tout le contraire, et le fossé représente un talus planté de hêtres. (Vous comprendrez mon air idiot quand nouvellement installée en Pays de Caux, on me parlait de fossé tout en désignant une surélévation, avant que je ne comprenne que la tranchée que je m'imaginais était en réalité une longue butte!)

Adaldoville-Bellam Fossam est surtout connu pour son chêne millénaire creux. Dans ce chêne, qui pousse dans la partie Allouville,  se trouvent, superposées dans sa cavité, deux petites chapelles. L'arbre, vénéré depuis le moyen âge, et classé monument religieux en 1696, faillit se faire incendier au moment de la révolution, mais fut sauvé grâce à l'ingéniosité de l'instituteur du village qui y apposa un écriteau "Temple de la Raison".

A Allouville-Bellefosse vous trouverez aussi le CHÊNE, à savoir le Centre d'Hébergement et d'Etudes sur la Nature et l'Environnement. On voit de temps en temps dans la presse régionale comment on y sauve des oiseaux mazoutés, et d'autres victimes de l'action irréfléchie des êtres humains. Moins on en entend parler, mieux c'est!

mercredi 23 janvier 2013

Louvetot

En cherchant des explications aux noms des quais fécampois, je suis tombée sur des livres anciens qui ne m'ont pas beaucoup aidée, mais qui m'ont appris des choses sur l'histoire de Fécamp et des environs. Je les ai trouvés très intéressants, et je crois que je n'ai pas fini de fouiller.

Ainsi j'ai appris que le nom de nos nombreuses communes  se terminant par tot (Yvetot, Lanquetot, Epretot, Turretot...) est composé de deux parties, une première qui correspond au nom d'une personnalité anglo-saxonne, et une seconde, tot, topt, ou torp(t), qui vient du norrois (vieux scandinave) et qui indique une ferme normande, normande dans le sens "du nord, de chez les vikings".

Ainsi Louvetot, lieu  qui a sans doute été attribué à un vaillant anglo-saxon en remerciement de sa bravoure lors de la reprise de la Normandie par les anglais, pour qu'il y établisse son fief. Cet homme se serait appelé Lufa. Lufa-tot, d'où Louvetot, souvent prononcé loufto. L'écriture a changé plus d'une fois le long du temps.

Louvetot ne serait donc pas la maison des louves, comme j'aurais pu le penser. Et pourtant, sur le blason de Louvetot, on voit un loup courir au-dessus d'un chevron d'or sur fond azur, avec à droite une crosse d'abbé (sans doute de l'abbaye de St Wandrille-Rançon), à gauche un chêne, et en pointe basse un tumulus couleur argent. 

L'église de Louvetot aurait été construite au premier quart du XIII siècle (et reconstruite aux XVIII et XIX siècles). Si les loups, présents dans les environs encore au XVIII siècle, reviennent pour me poursuivre un jour, j'y chercherai abri à condition qu'elle soit ouverte, bien sûr. En même temps, j'essaierai de glaner un peu plus d'informations.

En tout cas, la prochaine fois que je traverserai Louvetot, je regarderai la commune d'un autre œil. 

mercredi 16 janvier 2013

Quai de la Vicomté

Pourquoi un Quai de la Vicomté à Fécamp?  Qu'est-ce que la Vicomté a à voir avec le port?

Avant la construction de ce quai, le Petit Quai, comme on le nomma à l'époque,  n'était qu'une inclinaison vers la mer, un talus normand sur l'eau. C'est François de Rousseville, conseiller du roi et lieutenant général au siège de l'Amirauté qui décida le 1 janvier 1764, que cet endroit serait celui où s'installeraient les charpentiers et les calfateurs. Les travaux du quai débutèrent en juillet 1838 pour se terminer six à sept ans plus tard.

Voilà pour le quai. Et le nom alors? Pourquoi ne pas lui laisser l'ancien nom?

Il faut sans doute chercher l'explication aussi loin que chez Richard I et Richard II d'abord, Guillaume le Bâtard ensuite, qui donnèrent à l'Abbaye de la Sainte Trinité de Fécamp, la pleine-propriété sur tous les ports  de mer sur une soixantaine de kilomètres de cote, et sur lesquels le souverain lui-même reconnut n'avoir aucun droit.  Ainsi fut né la Vicomté de la Mer de l'Abbaye de la Sainte Trinité de Fécamp.

L'économe ou le trésorier de l'Abbaye fut nommé vicomte, et l'abbé lui donna tout pouvoir de recette et de juridiction.

La Vicomté de la Mer eut donc la compétence et la juridiction sur toutes les activités du port, que ce soit les ventes clandestines de hareng, des questions de coups et blessures, de cordages rompus, la vente directe de poisson directement des bateaux en rade etc.

Il s'agissait aussi d'une circonscription territoriale chargée de recueillir l'impôt sur la pêche et les salines (gabelle). (Nicolas Selle était bien placé pour le savoir.)

La Vicomté était donc étroitement liée aux activités portuaires, ce qui fut une excellente raison pour qu'un petit quai prenne son nom. Il faut sans doute aussi ajouter que la Tour de la Vicomté, élevée en 1426 pour protéger l'entrée du port, se trouvait tout près de là, à quelques toises seulement, dit-on. Cette tour, ou ce qu'il en restait, car transformée en maison d'habitation, fut détruite dans un incendie le 14 mars 1857.

Je pense ne pas être complètement à coté de la plaque (du nom du quai) avec mon explication.

lundi 14 janvier 2013

Grand Quai

Pourquoi, mais alors pourquoi avoir appelé ce petit bout de quai le Grand Quai?

Nul besoin d'aller mesurer sur place, le Grand Quai est bien un des plus petits de tous les quais de Fécamp.

Alors, est-ce par esprit de contradiction qu'on l'a ainsi nommé? Cela m'étonnerait. Même de la part des fécampois.

La raison en est sans doute toute autre. Il faut juste la trouver.

Le port n'a pas toujours eu l'aspect qu'il a aujourd'hui. Avant la construction des bassins intérieurs et même du  Quai Duhamel, le Grand Quai était celui où venaient accoster les morutiers.

Encore au 19° siècle, le Grand Quai allait via une passerelle du Quai Maupassant au Quai Bérigny via une autre, du coté nord au coté sud de la ville, laissant derrière lui ce qu'on appelait la retenue, là où se rencontraient l'eau douce de la Ganzeville et de la Valmont, et l'eau salée des marées, et où plus tard on construisit des bassins et d'autres quais.


Le Grand Quai, construit sur des rochers entre les deux actuelles parties de la ville, nord et sud, était seul, ou presque. Le choix de son nom est donc tout à fait logique, et ce n'est pas aujourd'hui qu'on va soudain décider de l'appeler le Petit Quai, surtout que  Petit Quai était autrefois le nom d'un autre quai qui porte aujourd'hui un autre nom, et dont je parlerai quand j'aurai fait un peu plus de recherches.

lundi 31 décembre 2012

Place Nicolas Selle

Et Nicolas Selle alors? Etait-il écrivain, pêcheur ou armateur pour qu'on donne son nom à une place dans le quartier des pêcheurs, le Bout Menteux?

Pêcheur il était, pêcheur de poissons et pêcheur devant Dieu, ou tout au moins en opposition avec le trésorier de l'abbaye de Fécamp.

Nicolas Selle fut le premier grand armateur fécampois à envoyer un gros bateaux pour pêcher la morue au large de Terre-Neuve. C'était en 1561. Avant cette époque, seuls quelques petits bateaux y avaient pratiqué la pêche depuis le port de Fécamp. 

Au retour de la première campagne, le trésorier de l'abbaye lui réclama une taxe sur le chargement de soixante-dix-mille morues, mais notre petit Nicolas refusa de payer, arguant que cette taxe était une nouvelle trouvaille, et que, par conséquent, il n'avait pas à la payer. Je suppose qu'il n'était pas d'accord avec la rétroactivité de la taxe, question de constitutionnalité...

S'ensuivirent des procédures pendant quatorze bonnes année, et à la fin, Nicolas paya quand-même! Il s'acquitta aussi d'une forte amende.

Le cas de Nicolas Selle a fait jurisprudence. Face aux nouvelles taxes et nouveaux impôts, nous - tout comme Nicolas - n'avons qu'à nous taire - et nous faire plumer.