jeudi 8 mars 2018

Christian et Christiane


Je ne sais pas pourquoi j'ai pensé à eux ce matin, peut-être parce que c'est la journée de la femme, et que leur histoire parle de la force que peut posséder une petite femme.

Christian est Christiane étaient nés au début du 20° siècle; je ne les ai donc jamais connu jeunes, pourtant ils l'avaient été, s'étaient mariés et avaient eu trois enfants.

Lui était bel homme, et se plaisait en société. Elle était plutôt petite, et paraissait un peu effacée. Quand enfant j'accompagnais mes parents chez eux, s'était surtout lui qui parlait, qui racontait des histoires pendant qu'elle l'écoutait.

Plus tard, un jour, en accompagnant ma mère dans le corps de ferme où ils habitaient une grande maison, et où leur fille Christine en habitait une autre, plus petite, mais toute mignonne, je remarquai une ligne fraîchement peinte sur le parquet en bois.

Je ne posai pas de question et laissai ma mère prendre le café avec Christiane qui paraissait toute seule à la maison. Il me semblait pourtant avoir vu Christian dehors, et comme nous le connaissions aussi, je m'étonnai de son absence prolongée.

Ce n'est qu'une fois parties que ma mère  me raconta que Christian en avait eu assez de sa vie avec Christiane. Il avait attendu la retraite pour enfin avoir d'autres envies, et maintenant il voulut divorcer.

Mais le corps de ferme appartenait à Christiane. Sans doute le reste de ce qu'ils possédaient aussi.

Christiane refusa de lui céder quoi que ce soit et Christian, sans doute un peu intéressé par le corps de ferme et tout le reste, pour la faire plier, traça une ligne au sol, séparant la maison en deux. Elle montait même dans le frigo. Un coté pour lui, un coté pour sa femme si têtue.

Depuis le jour où il traça cette ligne, Christian n'adressa plus aucune parole à sa femme, et Christiane aucun à son mari.

Pourtant ils vécurent des années encore, toujours dans la même maison, en partageant  le même frigo, sans jamais passer de l'autre coté de la ligne tracée à la peinture rouge. 

Christian ne partit jamais.

***
La maison sur la photo n'a rien à voir avec les protagonistes de mes souvenirs.





jeudi 4 janvier 2018

Questions de genre


Il y a aujourd'hui en France des personnes, des féministes pures et dures principalement, ou peut-être des personnes en manque d'attention de la part des autres, qui exigent la féminisation des mots qui désignent des métiers et des fonctions en parlant de femmes. Selon elles, il faut dire la cheffe, la poétesse, l'écrivaine, la doctoresse, la ministre.

A une autre époque, dans un autre pays, dans un pays où les femmes avaient le droit de voter 38 ans avant que ce droit fût donné aux Françaises, on a fait exactement le contraire.

Si au début du vingtième siècle, et même plus tard encore, pour on médecin, un docteur, on  y disait tohtori, son équivalent féminin était tohtorinna, un auteur (kirjailija) femme était kirjailijatar. A l'époque il était courant, normal, de s'exprimer ainsi, mais déjà dans mon enfance, si on employait des mots comme tohtorinna ou kirjailijatar, on se faisait prendre pour un vieux ringard - ou une vieille ringarde.

Utiliser le même mot, la même forme, pour désigner une personne qui exerce le même métier, sans avoir à se demander si la personne en question est un homme ou une femme (ou peut-être les deux en même temps) me semble plus judicieux pour promouvoir l'égalité, que d'avoir une forme masculine, et une autre féminine, pour exactement le même métier, ou la même fonction.

Si en français, il y a le masculin et le féminin, il faudrait comprendre que le mot est l'un ou l'autre, mais que ce mot, masculin ou féminin, peut désigner la personne, homme ou femme, qui exerce un métier - sans tenir compte de son sexe. Le mot en lui-même n'est pas sexiste. Sa forme, son genre, est masculin ou féminin, sa contenance est neutre (neutre dans le sens qu'il ne désigne ni l'homme, ni la femme qui exerce le métier en question, mais la personne, l'être humain, sans se demander si cette personne est pourvue d'une quéquette ou d'une chatte.).

Une seule forme, forme qui serait celle qui convient au mot et à sa construction, serait bien plus égalitaire que d'avoir deux formes différentes pour un seul et même métier, en fonction du sexe de la personne qui l'exerce. 

Et pourtant, si je veux passer une annonce de recrutement, il faut que je fasse vachement gaffe pour ne pas être accusée de discrimination d'un sexe par rapport à l'autre... 

Ce serait quand-même beaucoup plus simple si on ne se compliquait pas la vie inutilement.