Inquiétudes
Comme sans doute beaucoup d'autres personnes j'ai suivi les tempêtes et leurs ravages, confortablement allongée dans le canapé, et en ayant allumé la télé après le départ de DD en attendant que je doive me lever pour confronter une nouvelle journée devant mon PC.
J'ai vu des images qui dépassent presque l'inimaginable, et j'ai pensé à mes amis et relations de travail en Bretagne et ailleurs, en espérant qu'eux au moins n'ont pas été touchés par les inondations.
J'entendais souvent le vent se lever, ici aussi, vers trois heures du matin, pour ensuite se calmer un peu avec le lever du jour. Les journées paraissaient relativement calmes; quelques rafales de vent faisaient juste bruisser nos arbres, me faisant lever la tête de mon travail pour voir si les branches volaient.
(Mais non, ce n'étaient que des panneaux de plexiglass en provenance de la terrasse du voisin qui virevoltaient dans le ciel.)
Ce n'est que hier, dimanche, dans l'après-midi, que nous avons enfin eu l'occasion d'aller voir si le mer était aussi déchaînée que certains voulaient prétendre. J'étais très déçue par les vagues qui ne montaient même pas sur la jetée.
Pourtant, quelque temps plus tôt, j'avais entendu parler d'un marin en détresse qui avait été secouru au large de Fécamp.
Il est vrai que les mêmes vagues paraissent différentes selon l'endroit d'où on les voit.
C'est un peu comme cette belle maison à St Pierre en Port. Quand on passe sur la route qui passe juste à coté, on se dit qu'elle n'est pas très loin du bord, mais quand on la regarde d'en face, dans les yeux, on comprend pourquoi les volets sont clos, pourquoi la toiture se dégrade, et pourquoi elle n'est même pas squattée.
Si elle était habitée le jour où la falaise s'est écroulée, quelqu'un a du avoir la peur de sa vie.
En continuant notre tour, nous n'avons rien vu de particulier, et nous nous sommes dits que notre région avait du être épargnée, malgré les coups de vents annoncés. Les routes n'étaient pas remplies d'arbres tombés, ni même de branches cassées.
Le ciel était bleu et le soleil brillait. C'était comme une journée de printemps, alors que nous sommes en février, mois sensé être le plus froid de l'année.
Ce n'est qu'en nous déviant de la route principale à Auberville la Manuel que nous avons vu les premiers gros dégâts. Un vieil arbre, peut-être un arbre séculaire, s'était brisé en deux. Il était même tombé sur une construction récente en bois, l'abîmant un peu.
En regardant l'arbre de plus près, j'ai compris qu'il était mort de peur. En effet, c'était un vieil arbre cardiaque, son cœur était déjà atteint avant qu'il ne tombe comme foudroyé.
Si Météo Consult a raison, et si une tempête comme celle de 1999 arrive en France ce mercredi 12 février (avec 60% de chance - si on peut parler de chance dans un tel cas), d'autres arbres vont encore tomber. Cela nous fera peut-être regretter les rigueurs de l'hiver.
Et si nous sommes touchés et qu'on nous pose ensuite des questions à la télé, je voudrais qu'on ait autant de dignité dans nos souffrances que ceux qui ont été touchés par les inondations en Bretagne et qui les ont seulement constatées, sans lamentations ni pleurs, mais en admettant les forces de la nature contre lesquelles l'homme ne peut faire que de la prévention, en réfléchissant un peu avant d'implanter sa maison dans des lieux non adaptés.