vendredi 25 janvier 2013

Lettre ouverte à Frédéric Cuvillier, ministre des transports

Monsieur le ministre, 

Il y a quelques années, quand l'opposition actuelle a décidé d'instaurer une taxe  "écologique" sur le transport routier, à savoir l'écotaxe qui entrera en vigueur cette année, notre toute petite entreprise a été contactée par le CNR, le Comité National  Routier, afin de faire quelques tests.

Je ne remercie d'ailleurs pas en passant Jean-Louis Borloo d'avoir eu cette idée géniale qui fera couler plus d'un transporteur français, car bien que pouvant - c'est inscrit dans la loi, cela y est même rendu obligatoire - répercuter la taxe au chargeur, le transporteur, souvent à court d'argent disponible, sera obligé d'avancer le montant de la taxe avant de pouvoir le récupérer, d'où un compte en banque encore plus en rouge qu'avant, et finalement dépôt de bilan, car nous savons bien tous les deux, qu'on ne prête qu'aux riches.

A l'époque, j'avais fait part de quelques observations, que le CNR avait fait remonter à qui de droit, entre autres en ce qui concerne le problème de répercussion quand il y a plusieurs lots pour différents chargeurs dans le camion. Selon la façon de calculer proposée à l'époque, tantôt on aurait récupéré plus après des chargeurs, tantôt on aurait récupéré moins que le montant réel de la taxe payée.

C'est parait-il ce problème qui vous a fait réfléchir à un système de répercussion différente.  Si j'ai bien compris, n'ayant pu glaner que quelques informations dans la presse professionnelle,  vous avez décidé d'un prix de référence par type de relation et de distance, et vous avez ensuite défini un taux à ajouter au prix de vente, taux variant selon les régions.

Je ne suis bien entendu pas tout à fait certaine que ceci soit le cas, car vous n'avez pas encore - si je suis bien informée - rendu votre décision publique. Soyez gentil, faites le vite, car nous voudrions bien savoir à quelle sauce nous allons être mangés.

C'est cette question de  taux à appliquer sur le prix de vente qui me chagrine, en plus de quelques autres détails avec lesquels je ne vous embêterai pas, tout au moins pas aujourd'hui.

Vous pouvez peut-être tomber juste en définissant un pourcentage, pourtant j'en doute, mais même si vous tombez dans le mille, vous risquez d'avoir tort pour un grand, un très grand nombre de transports.

Savez-vous que tous les transports ne sont pas faits par le transporteur avec lequel le client (souvent le chargeur) a conclu le contrat?

Savez-vous que de nombreux transporteurs sont des affrétés à l'année - ou au voyage? Même les grandes entreprises se font sous-traiter.

Avez-vous un instant pensé à ce qu'un pourcentage sur le prix voudra dire pour tous ceux qui se font sous-traiter?

Je m'explique. Simplement, et à l'aide de quelques chiffres, pour que tout le monde puisse me comprendre.

Mettons que le prix convenu entre le chargeur et le transporteur soit de 300 euros. Mettons aussi que le commissionnaire/affréteur décide de défalquer 15%  sur ce prix pour sa commission.   Il payera donc 85% au sous-traitant.  Mettons ensuite que vous décidez qu'il faudra ajouter  par exemple 6% au prix de vente pour la répercussion de la taxe. Vous me suivez jusque là?

Qu'est ce que cela donnera? Le commissionnaire ajoutera 6% aux 300 euros, et facturera donc 18 euros supplémentaires à son client, le chargeur. Le sous-traitant, celui qui s'acquittera de l'écotaxe, et qui ne touchera un prix que de 85 % de 300 euros, à savoir 255 euros, y ajoutera lui aussi 6%, à savoir 15.30 euros. Le commissionnaire mettra donc dans sa poche la différence entre les 18 et les  15.30 euros, à savoir 2.70 euros. 

Les entreprises qui utilisent des tractionnaires à l'année, tout comme les affréteurs qui n'ont pas un seul camion, mais seulement un bureau, toucheront donc une partie de l'écotaxe, au détriment de ceux qui la paieront, transporteurs et chargeurs. Est-ce bien dans l'esprit de la loi?

En quoi cette façon de faire serait-elle plus équitable que de répercuter la taxe à l'identique, quitte à faire des calculs savants pour chaque transport, sachant que pour des lots complets, il n'y aurait même pas de pourcentages à calculer?

Mais peut-être est-ce moi que n'ai rien compris. C'est vrai, je ne suis pas ministre, je suis seulement transporteur, parfois en position d'affréteur, parfois en tant qu'affrété. (Ce qui fais que je suis bien  placée pour voir comment cela va réellement se passer... ce sera un peu comme avec la surcharge sur le carburant, en règle générale incluse dans le prix spot, qui lui ne varie pas d'une année à l'autre.)

J'ajouterais que certains chargeurs sont déjà en train d'insister pour faire baisser les prix actuels, afin de ne pas payer plus cher lorsque nous leur répercuterons la taxe, que ce qu'ils payent aujourd'hui, taxe comprise!

Et c'est tout à fait légal. La TRO, tarification routière obligatoire, n'existe plus depuis les années 1980. Les prix sont libres, et chacun est libre d'accepter ou non un prix qui n'est pas bon pour lui.

L'écotaxe, telle que j'ai l'impression qu'elle est pensée aujourd'hui, n'est pas juste. Elle fera disparaître des entreprises, et augmentera le nombre de demandeurs d'emploi, chose dont nous n'avons pas besoin aujourd'hui, ni vous, Monsieur le ministre, ni mes confrères et moi, simples citoyens qui ne souhaitons que vivre de notre travail, et aussi donner du travail aux autres, pour qu'ils n'aillent pas augmenter les statistiques relatives aux chômeurs.

Qu'en pensez-vous, Monsieur le ministre?

                                                                          Hélène Pyy-Letellier           

14 commentaires:

claude a dit…

Ben dis donc ! Que dire de tout cela ? Que tu as raison, c'est encore vouloir piquer du pognon à ceux qui triment. On veut pénaliser le transport routier à cause que paraît-il il pollue.
Tout pollue maintenant, le chauffage au bois et même quand tu brules dans ton jardin, ici, c'est interdit.
Crois-tu que le Ministre des Transport va lire ton blog ou as tu l'intention de lui envoyé ce courrier ?
Il y a des sujets graves qui échappent totalement à nos Ministres et aussi à notre cher Président.
L'autre jour on a vu un reportage sur l'écotaxe et Philippe a dit : " Ben, elle va être contente, Hélène". Il n'avait pas tort. Tu es furieuse et je le comprends. Dans ce pays on fait tout pour décourager ceux qui bossent et pour encourager ceux qui ne bossent pas à surtout ne pas bosser.
Est-ce que la position des transporteurs et certains coups de gueule vont changer la donne ???.
Courage !

hpy a dit…

Claude,

25/01/2013 | Hélène Pyy-Letellier interpelle Frédéric Cuvillier
Hélène Pyy-Letellier (Transports André Letellier, 76) a décidé d'écrire une lettre au ministre Frédéric Cuvillier pour lui expliquer pourquoi "l'écotaxe, telle que j'ai l'impression qu'elle est pensée aujourd'hui, n'est pas juste". Vous pouvez lire ce texte sur son blog. N'hésitez pas à réagir ! contact@flashtransport.com

Delphinium a dit…

Moi je pense qu'il faut revenir à transporter les marchandises à dos de chameau.

Delphinium a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Delphinium a dit…

Bonjour Hélène, ici la vieille bourrique pommelée. Je laisse un message par l'intermédiaire de Delphinium car je n'arrive pas à laisser un commentaire en mon nom propre. Si vous voulez, je peux aussi encore servir, à défaut de chameau. Je suis très écolo. Quand je pète, je ne libère qu'un peu de gaz carbonique. J'essaie quand même de me rincer les dents régulièrement, ce qui fait que je ne pue pas trop de la gueule. Et même si je suis vieille, je peux encore transporter des trucs assez lourd. Et s'il faut, je peux aller faire une ruade dans les fesses du ministre des transports.

hpy a dit…

Delphinium et son chameau, transport par chameau, pourquoi pas, surtout que le réchauffement climatique (on n'y croirait pas aujourd'hui) serait favorable à ce type de transport, pratique dans le désert aride qui nous attend quand nous aurons usé toutes nos ressources en eau.

Delphinium a dit…

Ma chère dame du Nord, je ne sais que vous répondre sur le fond même de votre lettre. Je ne sais pas exactement comment les choses se passent en Suisse mais je peux comprendre que les entreprises tirent la langue devant les taxes qui s'amoncellent pour ceci et cela. Je pense que les politiques sont parfois très décalés de la réalité et ne se rendent pas forcément compte de la réalité du terrain. Mais la lutte pour limiter la pollution doit se faire, si possible intelligemment.

La ville dans laquelle je vis vient de mettre en place dès le 1er janvier une taxe sur les sacs poubelles.
Je vous explique brièvement.
Au lieu d'acheter dans les magasins des sacs de 35 litres qui me coûtaient environ 3 francs suisses pour 20 pièces, maintenant je dois les acheter deux francs suisses par sac. Ce qui fait 20.- suisses pour 10 sacs de 35 litres. (en euro ça fait à peu près 16 euros pour 10 sacs...).
Le principe: celui qui produit des déchets paie. "pollueur paieur"
Sur le fond, je suis d'accord. Il faut trier et laisser dans le sac poubelle le minimum de choses qui doit être incinérable. Le papier, le verre, l'alu, doivent être amenés dans des déchetteries mobiles. La ville a pensé très loin. Les personnes à mobilité réduite peuvent appeler la voirie pour qu'elles viennent les aider à transporter les déchets encombrants aux endroits prévus à cet effet.

Mais ce qui me gêne, c'est que j'en ai marre d'acheter des produits en grande surface avec des emballages monstrueux. Je ne suis pas d'accord de payer des déchets que je ne produis pas et que je suis obligée d'acheter avec mes produits!

C'était la petite histoire du jour.
Les politiques réfléchissent loin mais parfois pas assez ou alors trop.

Et pour finir, c'est toujours les petits qui trinquent.

hpy a dit…

Delphinium, ça fait cher le sac poubelle. Il faut donc produire moins de déchets. Mais les emballages nous sont arrivés avec les supermarchés, à partir des années 1970 surtout, car pour transporter toutes ces choses que nous achetons sans toujours en avoir besoin, il faut pouvoir les manipuler, stocker, sans les abîmer et sans perte de place. A l'époque, c'est un nouveau mode de vie qui nous été en quelque sorte imposé. Essayez d'aller acheter 200 gr de farine quelque part aujourd'hui, ce n'est plus vendu en vrai, et vous serez obligée d'acheter un paquet d'un kilo! Cette farine aura été transporté plus d'une fois, et souvent sur des petites distances, en commençant par un transport, souvent en tracteur agricole, (polluant) depuis l'exploitation agricole jusqu'à la coopérative, ensuite au moulin ou au port pour l'export etc. Pas facile à mettre dans un wagon qui roule sur rail, tout ça.

Cergie a dit…

Ahlala zut ! Pas de chance d'avoir tiré cette carte !
J'en tire une autre !

ELFI a dit…

à propos taxe poubelle et co.. nous payons une taxe annuelle + la taxe au sac...
pour peut-être payer le voyage des papiers récupérés en suisse jusqu'à rotterdam et être embarqué et recyclé en chine !!!

claude a dit…

Ici,au 1er janvier 2014 le mode de ramassage des poubelles va changer, il paraît qu'il revient trop cher.
Pour le moment, nous devons mettre dans un sac jaune (gratos) les papiers et cartons, dans un bleu (gratis aussi), les bouteilles et flacons plastiques et les boîtes de conserve propres, les salles vont dans la poubelle normale pour laquelle nous achetons des sacs noirs et j'avoue n'avoir jamais fais attention combien je paie un sac. Au printemps dernier nous avons acheté un composteur pour les déchets ménagers des fruits et légumes.
Au 1er janvier 2014 nous aurons dans certains endroits, des colonnes aériennes pour lesquelles nous aurons une carte à puce et qui doivent calculer le volumes de ce que l'on jette, et c'est là-dessus qu'on devra payer.
Qu'est-ce qu'une colonne aérienne, allez vous ma dire ?
C'est tout simplement un container non enterré. Y en a vraiment qui se creuse les méninges pour appeler un chat un chien.
Cela veut dire qu'il faudra prendre sa voiture pour aller porter ses poubelles dans la colonne aérienne, qui sera où, ici, mystère pour le moment.

En fait, il y a aussi bien autre chose qui pollue, l'industrie, toutes les bagnoles qui partent en vacances ou aux sport d'hiver en même temps. Seulement le transport routier est pris pour tête de turque.
Je vais aller sur ton lien.

hpy a dit…

Elfi, et c'est la Chine qui décide du marché. Quand elle veut de la matière première, les usines européennes (celles qui restent) ont du mal à en avoir et doivent la payer très cher. Quand la Chine n'en veut pas (stock trop important), c'est le contraire.

beatrice De a dit…

Ah si ces messieurs pouvaient faire les lois en dehors de leurs quatre murs de bureau.
Les *bureaucrates ne font jamais rien de bien.

beatrice De a dit…

A Claude.
En Suisse, le jaune est couleur de la poste. Les sacs poubelles avec taxe. qui doivent être remplis depuis le premier janvier 2013, sont blancs. 2.- le sac de 17 litres. C'est tout petit.
Quand on enlève tous les déchets minéraux, on peut le faire durer un mois. C'est le but des municipalités, le recyclage de haut vol. Toutes les communes s'y sont mise, sauf, à ma connaissance, la commune de Renens aux portes de Lausanne. Il ont un délais de 6 mois pour utiliser les bons grands sacs gris, sans taxe.
Et nous, on fait quoi avec ces sacs-là ? les offrir aux gens de Renens. Ce que je ferais à un joueur de ping-pong. je recycle mes bons vieux sacs.